DAVID "Sacre de l'empereur Napoléon 1er et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre Dame de Paris, le 2 décembre 1804"


 
 
 
Huile sur toile peinte de 1805 à 1807
6m10 x 9m70
Musée du Louvre, aile Denon.
courant artistique : peinture historique au style pictural appartenant au néoclassicisme.
 
Le peintre:

 
Jacques-Louis David (1748-1825)  est un artiste français: il naît à Paris et après une formation artistique, il se rend à Rome, où il reste 5 années. Ce séjour en Italie est très important par son adhésion au néo-classicisme. Il y apprend l'iconographie antique qui loue la grandeur de la civilisation romaine. De retour en France, il devient un peintre engagé politiquement. La Révolution développe chez lui un enthousiasme républicain. Il devient ami de Robespierre.  Il dessine "le serment du Jeu de Paume".  Il propose la mise en place d'un nouveau système d'enseignement artistique. Il vote la mort de Louis XVI. Ses œuvres font l'éloge des "martyrs" de la Révolution avec notamment son tableau le plus célèbre: "la mort de Marat" en 1793.  
 

 
Ses œuvres témoignent des 3 périodes historiques contrastées de la fin de ce  XVIIIème siècle : la fin de la Monarchie, la Révolution et l'Empire. Très admiratif de Napoléon Bonaparte, il lui consacre tout son talent et devient le peintre officiel de l'Empire napoléonien. Il sera fait Chevalier de la légion d'Honneur créé par Napoléon en 1802.

Après l'apogée de l'Empire et la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815, David est condamné à l'exil sous Louis XVIII, pour avoir signé la condamnation à mort de Louis XVI. Il vivra le reste de sa vie à Bruxelles.




Le néoclassicisme:
 
Le néoclassicisme apparait vers la fin du 18ème siècle . Il s'inspire notamment de la Rome antique  et se base sur de sérieuses études archéologiques (les grandes découvertes archéologiques d’Herculanum en 1738 et de Pompéi en 1748) qui  relancent l’intérêt pour l’art antique partout en Europe. En imitant l'art antique les artistes cherchent à atteindre sa perfection. 
La peinture néoclassique se caractérise par une organisation rigoureuse, l'absence de toute sensibilité au bénéfice d'une réalité soulignant les vertus civiques. Les corps sont représentés selon les règles antiques et leur rigidité n'est pas sans rappeler l'art statuaire antique. Les peintres vont parfois jusqu'à modifier la réalité pour la parfaire et accentuer le caractère grandiose de la scène représentée.
Prenons l'exemple du "Passage du Grand St Bernard" de David, où le Premier consul Bonaparte est représenté franchissant les Alpes sur un cheval cabré. En peignant en 1801 cette prodigieuse allégorie du héros, David choisit de ne pas rester fidèle à la réalité (pour franchir les Alpes, Bonaparte montait une mule) afin de glorifier l'image du nouveau maître de la France.
 
 
Ce courant artistique est à mettre en relation avec les réflexions des philosophes des Lumières qui aspirent à une société nouvelle et recherchent dans l’Antiquité des modèles de civilisation.
Les peintres David, Ingres et Gros sont les principaux peintres de ce mouvement.


 
Contexte historique:
En peu d'année, Napoléon Bonaparte, adulé par le peuple français et enfanté par la révolution, arrive au pouvoir. Pour comprendre cette ascension exceptionnelle, je vous invite à vous rendre sur la page précédente: "histoire: de Bonaparte à Napoléon".

à voir: une vidéo de 10 minutes qui présente l'oeuvre dans son contexte; Elle vous permettra de mieux apprécier cette toile historique. Cliquez ici

 
 
Le déroulement d'une journée historique:

La chronologie de l’événement selon les témoins
(CASTELOT André, Grande histoire illustrée de Napoléon, Bordas, 1989.)

- « Ciel très couvert, vent Nord, brouillard, température -3 degrés ». Tel est le
bulletin météorologique édité par l’Observatoire le matin du 2 décembre 1804.

- Dès les premières heures, des milliers d’invités se dirigent vers Notre-Dame,
mais rares sont les équipages qui peuvent dépasser le Palais de justice.

- Une fois installés dans l’église, ces invités découvrent le gigantesque
échafaudage de carton-pâte où l’on peut lire en lettres d’or : « Honneur, patrie
et Napoléon empereur des Français ». Tout en haut, sur une estrade où l’on
accède par vingt-quatre marches assez raides, est juché le fauteuil de
l’empereur.

- Il est onze heures lorsque le canon tonne, annonçant le départ de l’empereur
et de l’Impératrice des Tuileries. Le ciel demeure couvert, mais la menace
d’une chute de neige semble écartée.

- A l’instant où l’empereur apparaît dans la nef, tous les assistants se lèvent et
crient : « Vive l’Empereur ! ». Les deux orchestres attaquent alors une marche
guerrière. Ils joueront presque sans interruption durant la cérémonie, et il fallut
établir pour les musiciens douze mille cent trente-sept pages de copie.

- Midi : la cérémonie commence dans le chœur où sont placés les deux prie-
Dieu de l’empereur et de l’impératrice. C’est d’abord le serment religieux, puis
les oraisons, durant lesquelles Napoléon étouffe quelques bâillements…

 - Après avoir béni les ornements impériaux, Pie VII consacre les deux anneaux,
les deux manteaux et les deux couronnes. Le grand moment est arrivé.

- Tous les regards convergent vers le coussin de velours pourpre. Napoléon
tend la main, saisit la couronne d’or qui étincelle, tourne avec désinvolture le
dos au pape, regarde la foule qui retient son souffle, puis pose calmement la
couronne sur sa tête.

- L’empereur accomplit maintenant son premier geste de souverain. Il prend la
couronne de sa femme, la place un instant sur sa tête, puis la dispose sur le
front de « sa chère créole ».

- Joséphine se relève et les deux protagonistes, suivis du pape, se dirigent vers
leurs trônes, curieusement perchés. Le Vivat éclate. Le pape les bénit, donne
l’accolade au nouvel empereur avant de crier : “Vivat Imperator in aeternum !”

- Une fois la messe achevée, Napoléon prononce le serment civil la main sur
l’Evangile, alors que le pape préfère quitter la place:




« Je jure de maintenir l’intégrité du territoire de la République […] ; de respecter et de faire respecter l’égalité des droits, la liberté politique et civile, […] de ne lever aucun impôt, de n’établir aucune taxe qu’en vertu de la loi, de maintenir l’institution de la Légion d’honneur ; de gouverner dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. »
 
On remarque qu'il y a un décalage entre le témoignage visuel du cérémoniel  (le tableau de David) et la nature du serment prêté par Napoléon, qui s’inscrit nettement dans la continuité révolutionnaire (allusions à l’« égalité des droits » ou encore à la « liberté politique et civile »). 
Napoléon, drapé dans son manteau rouge  nous apparaît davantage comme un monarque voulant assoir sa suprématie. 


 
Pourquoi avoir choisi de faire de Bonaparte un "empereur" après la Révolution?
Revenons un peu en arrière...Les 18 et 19 brumaire (9 et 10 décembre 1799), Napoléon Bonaparte participe au coup d'État qui annonce la naissance du Consulat. Dès le mois suivant, il fait adopter une nouvelle constitution dite de l'an VIII et devient 1er Consul. Bonaparte s'attèle alors à la réorganisation du pays. La mise en place de ses nouvelles réformes nécessite de pacifier les relations internationales. D'où ses efforts pour mettre fin aux conflits qui déchirent l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande, l'Angleterre et la France. Mais, à peine la paix signée (25 mars 1802), les royalistes exilés au Royaume-Uni fomentent (préparent en secret) un complot contre Bonaparte. La question se pose alors : comment survivrait le régime si le 1erConsul venait à disparaître? Seule la fondation d'une dynastie pourrait asseoir définitivement les acquis de la Révolution et du Consulat. C'est ainsi que Napoléon Bonaparte est proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er, et sacré par le pape Pie VII le 2 décembre 1804.
à voir : Cette très courte vidéo présente la reconstitution de la journée du sacre d'après des gravures de l'époque. C'est très bien fait et vous pourrez vous rendre compte des modifications apportées à la cathédrale pour le jour de la cérémonie. Cliquez ici




Une toile historique:
Il y a environ deux siècles, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, Napoléon est sacré empereur sous la bénédiction du pape Pie VII. Il pose sur sa propre tête la couronne de laurier avant de couronner lui-même son épouse Joséphine. 1000 ans après Charlemagne, la France a un nouvel empereur.
Cette fresque historique monumentale témoigne du moment où le général Bonaparte entre dans l'histoire sous le nom de Napoléon 1er. David choisit de représenter l'instant précis où Napoléon couronne son épouse Joséphine de Beauharnais après s'être couronné lui-même. La cathédrale majestueuse, Notre-Dame de Paris, sert de décor à la cérémonie.
  
 
Le 2 décembre, David, présent dans les tribunes lors de la cérémonie, a pour tâche de témoigner le plus fidèlement possible de ce moment historique ; il doit représenter les 191 personnes présentes dans la cathédrale; pour cela, il fait de nombreuses études croquées et prend de nombreuses notes afin de n'oublier aucun détail. Dans son atelier aménagé à cet effet, David fait poser la plupart des participants . Il y recompose la scène à l’aide de maquettes en carton et de figurines en cire. Le peintre peut ainsi présenter une œuvre très proche de la réalité surtout dans la réalisation des portraits tout à fait reconnaissables.
 
 





 
Présentation de la toile:


Pour la composition de sa toile, David s'est probablement inspiré du tableau peint en 1610 par Rubens, "Le couronnement de Marie de Médicis" (environ 4mx7m).

Rubens, le couronnement de Marie de Médicis, 1610

Tout comme dans ce tableau, David peint une fresque historique illustré d'une étonnante galerie de portraits reconnaissables. Les deux tableaux proposent au spectateur de se joindre à l'évènement en représentant avec beaucoup de réalisme l'action grandeur nature. En se rajoutant dans la toile, David confère à son oeuvre encore plus d'authenticité:
                           "Je me glisserai à la postérité à l'ombre de mon héros" David.

 


Le tableau se divise en 3 plans: au 1er plan, de dos à droite du tableau: les hauts dignitaires. Au 2nd plan, le couple impérial entouré du clergé situé derrière Napoléon et des maréchaux avec les dames d'honneur à la gauche du tableau. A l'arrière plan, derrière le couple impérial, les généraux et les tribunes. Les personnages sont représentés grandeur nature. La croix est au centre du tableau et du coupe royal. Une diagonale formée par le dos de l'impératrice guide le regard du spectateur sur le visage de Napoléon.


Cette imposante toile de David est la plus grande du musée du Louvre après  "Les noces de Cana" de Véronèse; elle est aussi la plus admirée après "La Joconde" de L. De Vinci. Elle fut réalisée en 3 ans à la demande de Napoléon Bonaparte; Ce dernier avait passé commande d'un ensemble de 4 toiles immenses relatant des cérémonies marquant les fastes de son régime impérial: la distribution des aigles, l’arrivée à l’Hôtel de Ville, l’intronisation de Napoléon et son couronnement. L'ampleur de la tâche  limita le peintre à la réalisation de deux cérémonies uniquement:  celle du Sacre (1805-1807) et  celle de "La Distribution des aigles" ci-dessous (1810, château de Versailles).
 
 
 
Pour la cérémonie du sacre, la 1ère étude montrant l'Empereur se couronnant lui-même n'est pas gardée. David remanie le tableau qui représentera Napoléon couronnant Joséphine.




 
 Les personnages présents:
 
David rassemble autour du couple impérial, situé au centre, des groupes de personnages incarnant les différents pouvoirs alliés au régime de Napoléon:
  • Le pape, évêques et prêtres représentent le pouvoir religieux.
  • La présence des maréchaux évoque le pouvoir militaire.
  • La nouvelle noblesse au 1er plan à droite représente le pouvoir politique et judiciaire.
A celà s'ajoute la présence omniprésente de la famille Bonaparte dans le tableau, qui symbolise la mise en place d'une nouvelle dynastie.





Le couple impérial est situé au centre de la toile, entouré par la foule. Joséphine et Napoléon portent le manteau rouge, la couleur du pouvoir et de la souveraineté, en référence à l'Imperium Romanum, le pouvoir suprême de l'Empereur romain. Au centre du couple, la couronne, brandie par l'Empereur, est mise en valeur. Pour celà, le peintre a déplacé un pan de rideau vert, mordant sur le pilastre. Joséphine, rajeunie pour la circonstance, est agenouillée devant son époux. Ses genoux reposent sur un coussin bleu brodé d'abeilles d'or. La tête baissée, elle apparaît soumise à son époux. Napoléon, de profil, coiffé de la couronne de laurier des empereurs romains, apparaît noble, loyal et courtois. "Vous avez fait de moi un chevalier français". a dit l'empereur à David en voyant sa représentation. 

 
 
 A droite du tableau se trouve  les représentants de la religion avec le Pape entouré des cardinaux et des évêques. Au premier plan, vus de dos et de trois-quarts, les grands dignitaires (la nouvelle noblesse) de l’Empire, portent durant la cérémonie les signes du pouvoir impérial, "les honneurs impériaux" que Napoléon tenait lors de son arrivée sur les lieux du sacre:
  • le 3eme consul Lebrun (devenu architrésorier) tient le sceptre surmonté de l’Aigle.
  • Cambacérès, le 2nd consul (devenu archichancelier) tient la main de Justice. 
  • Berthier, maréchal d'Empire, porte sur un coussin l'orbe (le Globe surmonté d'une croix).
A l'extrémité droite, drapé dans un manteau rouge orné d'une décoration, le grand chambellan Talleyrand est  peint de profil.
 
 
 
 


La famille impériale est omniprésente dans le tableau:

Eugène de Beauharnais, fils adoptif de Napoléon, en habit de hussard, appuyé sur son épée, est situé à l'extrême droite du tableau derrière Talleyrand.
Les deux frères  Joseph et Louis Bonaparte et les sœurs de l’Empereur (celles-ci ont refusé de tenir la traîne de Joséphine) se situent sur la gauche du tableau. (Ce sont les dames d'honneur de Joséphine qui tiennent sa traîne: Madame de la Rochefoucault et Madame Lavalette.)

 


A l’arrière plan, du haut de la tribune officielle, la mère de Napoléon, entourée par des ambassadeurs, domine la scène.

 

Derrière l'impératrice, agenouillé devant son époux, se trouvent les généraux  empanachés avec le général Murat, beau-frère de Napoléon, qui porte  le coussin de la couronne de l'impératrice. Les velours, les fourrures, les satins et les lamés des costumes et du mobilier sont rendus au moyen d’une palette colorée  et riche.
 

 



 Une toile de propagande:

 
Cette toile de Jacques Louis David, malgré son caractère documentaire n'est pas seulement "témoin" de l'Histoire. La réalité a été recomposée et magnifiée par l'artiste pour servir l'idéologie de l'Empereur. Elle sert avant tout de propagande à l'Empire.  C'est une oeuvre politique.
David s'applique à faire valoir la suprématie du couple impérial (Napoléon et Joséphine au centre, éclairés et entourés par les autres personnages) notamment  par la composition de l'oeuvre. 

Il donne au couple une place centrale dans la toile: L'empereur y est le point de rencontre entre le monde religieux situé derrière lui et symbolisé par le pape Pie VII, et le monde laïc, républicain situé face à lui.

 
 
Napoléon apparaît comme celui qui unifie la France et centralise les pouvoirs. Le resserrement des personnages tout autour de l'empereur souligne le ralliement au nouveau régime et une réconciliation des français autour de l'empire napoléonien: militaires, civils, ancienne et nouvelle noblesses, prêtres réfractaires (pendant la Révolution Française , les prêtres réfractaires ont refusé d'adopter publiquement la loi sur la constitution civile du clergé et sont considérés comme anti républicains, ils ne reconnaissent que l'autorité du pape) et constitutionnels (Inversement, ce sont les prêtres qui prêtent serment de fidélité à la Constitution civile du clergé) sont tous rassemblés autour de lui.
Napoléon apparaît comme celui qui contrôle les différents pouvoirs. L'empereur,  qui était petit, domine paradoxalement l'ensemble des personnages présents. Situé en haut des marches, il domine les personnes situées plus bas à la gauche du tableau. Quant aux personnes, situées à la droite du tableau, elles sont, soit en retrait, soit assises, comme le pape, qui se retrouve "plus petit" que Bonaparte. Il ne porte ni mitre, ni tiare mais juste une simple calotte blanche, qui, par sa couleur, permet malgré tout de le reconnaître.

 
Afin de  légitimer la suprématie de l'empereur, David se doit de transformer quelques réalités:

La mère de Napoléon, Laeticia Bonaparte, en déplacement à Rome au moment du couronnement, n'était pas dans la galerie située derrière Napoléon. elle est pourtant représentée, bien en évidence car il convenait d'afficher dans ce tableau une unité familiale.  Une autre personne absente est représentée également. Il s'agit du cardinal Caprara, qui malade, n'a pas pu venir. Il est situé à la droite du pape, un peu en retrait. C'est lui, qui en 1801 signa le Concordat avec le 1er consul.


Le pape, est représenté assis, la main tendue en signe de bénédiction. En réalité, il fut décrit résigné dans son siège,  frustré de n'avoir pas pu couronné l'Empereur. Ci-contre, une 1ère étude pour le tableau montre le pape Pie VII, accablé. Il a été obligé d’assister à la cérémonie: il a finalement accepté d’être présent, notamment par respect de la signature du Concordat.







Petite anecdote: Cette 1ère étude pourrait expliquer l'origine de la fameuse tête de "César" dans le sacre.

Selon le livre de Lavessière, "Le Sacre de Napoléon peint par David":
David aurait d'abord représenté Napoléon en train de placer symboliquement la couronne de Joséphine au-dessus de sa tête avant de la placer sur celle de Joséphine. La position de Napoléon fut finalement changée et il fut représenté tel qu'on le voit aujourd'hui, couronnant Joséphine. Pour faire disparaître la trace de la 1ere position de l'Empereur visible sur la toile et pour l'équilibre de la composition, David aurait peint la tête de César, clin d'oeil à son statut d'Empereur... En peinture, cela ne s'appelle pas une retouche mais un "repentir" (une modification en profondeur apportée par le peintre sur sa peinture).

 



Un lieu transformé:

En plus de demander certains changements à son peintre officiel pour son tableau final, Napoléon  exigea divers aménagements pour le lieu de la cérémonie. Le tableau nous présente un décor riche et fastueux, loin de l'austérité d'une église; L'ensemble rappelle un temple romain avec ses pilastres en carton-plâtre cachant les colonnes  de pierre froide de la cathédrale, Des galeries, créées pour accueillir un maximum de gens, ont été montées  et  des tentures cachent les voutes gothiques.
Seule la "pieta" de Coustou, représentée contre le bord droit du tableau, permet de reconnaître le choeur de la cathédrale Notre Dame.  



Dans ce décor théâtral,  la scène  majestueuse du sacre est couverte d'un tapis vert. Elle  invite le spectateur à rejoindre la foule; Napoléon, conquis par la séduisante composition du peintre, s'écria en la découvrant:

"Quel relief, quelle vérité! Ce n'est pas de la peinture; on marche dans ce tableau."
 
David a réussi à faire oublier aux spectateurs que c'était un 2 décembre, qu'il faisait froid et que la cathédrale n'était pas chauffée! Tout le monde grelottait durant cette cérémonie interminable (5h),  les dames surtout qui n'avaient pas le droit de se couvrir les épaules pour l'occasion. 





Une toile truffée de symboles:

 
En devenant Empereur des français, Napoléon veut créer une nouvelle dynastie.  La fin de la République et le début de l'Empire nécessite la création de nouvelles armoiries et de nouveaux symboles. Il va les puiser dans l'Histoire de France et de la Rome antique.



L’Empire adopte la figure de l’animal par opposition à la fleur de lys royale. L’aigle renvoie au mythe des origines de Rome, fondatrice de la civilisation, et l’abeille à la lignée des rois mérovingiens.
On retrouve ces nouveaux symboles  dans la toile de David. Ils ont pour fonction de donner au triomphe de l'Empereur une dimension historique et collective et de désigner Napoléon comme le sauveur héroïque, héritier direct de l'Antiquité. 


 
A ces nouveaux symboles représentatifs d'une nouvelle dynastie, se mêlent des symboles plus anciens. Ces symboles représentent différents pouvoirs, dont Napoléon apparaît, de par son sacre, comme le maître absolu.
Le pouvoir religieux est symbolisé par la croix, tenue par l'évêque, au centre du tableau. En plaçant cette croix au coeur du tableau, David illustre une fois encore le retour après la Révolution, du catholicisme par le Concordat. 


 

Le pouvoir militaire est symbolisé par les 3 épées peintes dans la toile: celle d'apparat portée par Napoléon à sa ceinture, celle d'Eugène de Beauharnais à la droite de la toile et celle de Charlemagne surnommée la "Joyeuse", élevée dans le groupe de personnes situé sur la gauche du tableau.
Le bâton de maréchal, brandi à l'arrière plan dans le groupe des maréchaux situé sur la gauche du tableau, symbolise l'importance accordée à Napoléon au mérite: il le décerna à 26 de ses fidèles soldats.
 
 
Le pouvoir judiciaire est symbolisé par la main de justice (refaite pour l'occasion) tenue par Cambacérès sur la droite du tableau; Dans l'empire napoléonien, le droit est dorénavant unifié et modernisé par le Code Civil. 
Les 3 doigts sont le symbole de la Ste Trinité qui confirme le pouvoir religieux du roi. La main de justice réunit donc la puissance justicière du roi à sa puissance religieuse. Elle se réfère aux règnes des Capétiens, elle fut utilisée pour la 1ere fois lors du couronnement de Louis IX (St Louis).
 
 

Le pouvoir politique est représenté par le sceptre de commandement coiffé d'un aigle et tenu par Lebrun sur la droite du tableau. Il fait partie des nouveaux emblêmes de l'Empire, tout comme les abeilles brodées sur le manteau du sacre et sur le coussin bleu où reposent les genoux de Joséphine.
Le grand manteau (environ 6mx3m et pesant 40kg) porté par le souverain lors de son sacre n'était pas une simple étoffe, mais représentait, comme les regalias(emblèmes nécessaires durant le sacre), un des symboles du pouvoir de l'Etat, porté par le souverain. Le  manteau doublé d'hermine puis de Vair, avait une traîne.
Plus la traîne est longue et plus le personnage qui la porte est important, puisque ceux qui le suivent doivent de tenir fort loin, du fait de la longueur de la traine. Celle de Napoléon atteignait presque 10m.
 
"Quant au grand manteau de velours pourpre, mesurant 22,60 m de tour, doublé et bordé de 176 pieds carrés d'hermine, il fut démonté en 1814 pour en retirer l'or et la doublure. Somptueux, portant pour 16 000 francs de broderies d'or, et 10 640 francs de peaux d'hermine de Russie, il était semé d'abeilles."



Le pouvoir du souverain est donc symbolisé par différents régalia  royaux, qui ont été créés par Napoléon ou qui font référence à l'époque carolingienne de Charlemagne. on retrouve également dans le tableau: 
  • L'orbe porté par Berthier (et refait pour l'occasion) au 1er plan à droite du tableau, qui est le symbole de la puissance impériale.
  • Le sceptre de Charles V, dit "de Charlemagne", élevé dans le groupe situé sur la gauche du tableau , est un sceptre coiffé d'une statuette de Charlemagne sur son trône, portant das sa main gauche l'orbe, qui le définit comme l'empereur du Saint Empire romain germanique. Ce sceptre est  l'insigne du pouvoir royal en France, utilisé lors des cérémonies du sacre. 
  • La couronne de Charlemagne (refaite également) est dissimulée parmi ce même groupe et la "Joyeuse", l'épée de Charlemagne est brandie par un des maréchaux en arrière plan sur l'extrémité gauche du tableau.
 
 

 
Petite parenthèse: Pourquoi un sacre?

Le sacre est la cérémonie qui accompagne le couronnement d’un souverain. C’est un rituel de pouvoir, qui se distingue des autres rites (comme les funérailles royales ou les remises d'armes) par sa portée symbolique.
La cérémonie confère au roi un statut sacré et donc inviolable. Napoléon veut une onction religieuse pour s'aligner sur les autres empereurs du moment, le tsar de Russie et le chef du Saint Empire romain germanique, qui règne à Vienne, ainsi que pour se démarquer du prétendant des Bourbons, Louis XVIII, qui n'a pas encore reçu le sacre.

Le sacre de Napoéon doit renvoyer aux rois Carolingiens et non aux rois Bourbons destestés. Napoléon organise la cérémonie à Paris et non à Reims et exige  la présence du pape, comme Charlemagne un millénaire plus tôt.

En faisant venir Pie VII  pour légitimer le sacre sur le plan de la morale et du christianisme, Napoléon montre également aux autres cours d’Europe toute la force de son influence. La bénédiction papale jette par la même occasion, un voile sur les origines révolutionnaires de la nouvelle dynastie. Enfin en se sacrant lui même, Napoléon affirme sa supériorité sur l'Eglise.


 
Résumons:


Cette toile de Jacques Louis David, malgré son caractère documentaire n'est pas seulement "témoin" de l'Histoire. La réalité a été recomposée et sublimée par l'artiste pour servir l'idéologie de l'Empereur. Elle sert avant tout de propagande à l'Empire. Il s'agit avant tout de montrer la suprématie du couple impérial et de légitimer le régime de la dynastie des Bonaparte. La fresque expose un monde unifié et contrôlé par l'Empereur. Il s'agit ici d'illustrer qu'il est bien le fondateur d'une nouvelle dynastie, celles des "Bonaparte", après la longue lignée des rois Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens.

L'Empire ne durera que quelques années car dès 1815, la Restauration placera sur le trône de nouveau un roi Bourbon: Louis XVIII.

Son règne prendra fin avec les émeutes des "Trois Glorieuses" et la proclamation de la Monarchie de Juillet avec à sa tête Louis Philippe 1er.

Celui-ci sera renversé par la Révolution de février 1848, qui mettra en place une très courte Seconde République qui mettra fin à la royauté en France.

Il faudra attendre le coup d'état de 1852 de Napoléon II, pour la mise en place du 2nd Empire, beaucoup plus libéral que le 1er.




 
 
 
 


 


1 commentaire: